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2005-05-30 21:57:04 : CR des 6 heures du Petit Ney

Voici le CR tel que je l'avais écrit sur le forum des UFOs le lendemain de la course du 05 mai dernier.

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Ces 6 heures du Petit Ney, c’est ma rentrée de coureur à pied de cette année. Il était temps, car après les pépins physiques du début d’année qui ont entravé ma préparation et même contraint à déclarer forfait pour Belvès, je profite de ce 6 heures pour lancer ma saison et voir où j’en suis.
L’objectif, courir à allure 100 km, sans trop puiser dans mes réserves, car j’envisage de m’aligner aux 24 heures de Roche la Molière mi-juin. Je ne voudrais donc pas mettre trop de temps à récupérer ensuite. Objectif « syndical », 60 km et je serais pleinement satisfait avec 65.

9h30. Le temps est gris, un peu frisquet, mais vue les trombes d’eau qui se sont abattues la veille, estimons-nous heureux. Durant les premiers tours, le but est de s’échauffer, trouver le bon rythme de course et de gestion des ravitaillements, ne pas s’affoler. Pour le moment, je garde un rythme peinard d’environ 8 minutes au tour (1 tour fait 1.535 km), qui me permet d’en garder sous le pied et de ne pas être obligé de me concentrer sur la course.
Je laisse mon esprit gambader, trouve que le parcours, varié dans ses surfaces (tartan, bitume, un peu de terre) soulage les tendons, même si les principaux virages ont toujours lieu à gauche. Au bout de 4-5 heures peut-être que ce détail aura son importance. Un peu avant l’heure de course, je termine le 7ème tour (10,745 km) : j’ai de l’avance sur le tableau de marche, alors que je ne peux pas dire que ma course ait vraiment commencé. Cool !

Je commence à m’intéresser au rythme des autres concurrents. Les allures sont encore faciles. Les autres UFOs font une bonne impression et me grignotent à chaque fois que je les croise quelques dizaines de mètre. MMI mène le bal de la clique, et Jésus le suit pas très très loin. Globalement je suis un peu surpris par le rythme des concurrents. Pour le moment j’avance à un train qui doit m’emmener vers les 60 km et plus, et pourtant bon nombre de coureurs me précèdent et me prennent des tours. Le plateau est relevé. C’est bien pour la discipline.

Petit à petit, sans trop m’en rendre compte, j’entre dans la course et accélère progressivement la cadence : 7’50 au tour. Courir devient machinal, on y pense même plus, et on regarde ce qui passe autour. Fin de la 2ème heure, je suis dans la ligne droite qui termine mon 15ème tour. Mon avance sur le tableau de marche continue de croître.

Le temps s’éclaircit, et voilà que le soleil fait son apparition. Youpiiii.
Mes abdos commencent à râler un peu. C’est vrai que je voulais les renforcer cet hiver, mais bon, j’aime pas ça, et du coup je trouve toujours un excuse plus ou moins vaseuse pour ne pas le faire. Maintenant, y a plus qu’à composer avec. Je me sens bien maintenant, j’accélère un peu 7’40 au tour puis 7’32. "Bon là P’tit Gars (c’est ainsi que je m’adresse à moi-même dans ma tête) arrête de déconner, on n’est pas encore à la moitié, et si tu continues à ce rythme tu risques de partir en vrille plus tôt que prévu". D’ailleurs, les 1ers signes de flanchissement apparaissent chez certains concurrents. "Si tu pouvais éviter de les imiter".

Je reviens à un rythme moins « suicidaire » d’environ 7’50 au tour. On verra dans les 2 dernières heures s’il en reste encore sous la pédale pour en remettre une couche, pour l’instant il importe de rester sage et de continuer à ce rythme.

3 h, mi-course, 23 tours (35,3 km). Ca roule. J’ai une avance sur l’objectif minimal de 60km qui me permettra de gérer sereinement la fin. Il suffit de conserver cette allure jusqu’à la fin, et c’est gagné, simple non ?

Oui, mais les cuisses ne sont plus aussi fraîches qu’au début, c’est un peu plus tôt que je l’escomptais initialement. D’autant qu’une douleur se développe au sommet de la jambe droite juste à l’intersection entre la jambe et le bassin. "Aurais-je mal négocié les 2 dernières heures en accélérant un peu trop tôt ?" L’avenir le dira. Pour le moment le rythme reste bon, mais je dois me concentrer un minimum sur ma course. J’ai besoin de me fixer des objectifs à cours terme. Le marathon sera le 1er, et je décompte les tours à son approche.
3h41 : je termine le 28ème tour, dans lequel j’ai franchi le marathon. A partir de maintenant, je rentre dans le domaine de l'ultrafond.
Cap sur la barrière des 50 km. Plus que 5 tours et j’y suis.

4h de course : 32 tours. Je suis moins fringuant qu’au début, les jambes sont moins amènes mais j’avance bien et suis toujours combatif. C’est rassurant.

4h02, ça y est, on est au 50 km. Bon ben on ne va pas s’arrêter en si bon chemin, en route.

4h30, je double MMI et Jésus qui font route ensemble. Je me rappelle leur dire « allez, plus que 90 minutes ». Oui, mais là je n’aurai pas dû fanfaronner de la sorte, car moins d’un demi tour plus tard, une violente douleur abdominale surgit dans mes entrailles. Je ralentis et marche même une centaine de mètre pour récupérer. Bon, ça se complique. Je repars en trottinant et tente de me refaire une santé. Je croise ma sœur qui me tends mon bidon de boisson énergétique et lui fait part de mon soucis « oui, mais c’est normal » qu’elle me retorque, « tu ne bois pas assez ». Soit chef, pourtant j’ai l’impression de boire suffisamment : un petit gobelet d’eau à chaque tour et 2 gorgées de boisson énergétique tous les 3 tours.
Arrêt pipi quelques centaines de mètres plus loin, plus pour récupérer que par réelle envie, et je constate que les urines sont plus foncées qu’à l’accoutumée. "C’est qu’elle a raison la frangine, elle n’y connaît certainement pas grand chose en matière d’ultrafond, mais là, elle marque un point". Du coup, je prends 2 gobelets d’eau à chaque tour et ... la douleur abdominale s’amenuise, alléluia.
Je continue à faire le gros dos durant cette phase de moins bien, je sais bien qu’il y aura une éclaircie un peu plus tard. Ainsi sont faites les courses longues distances, des périodes de moins bien, d’autres plus euphoriques. Il en avait été ainsi à Millau, il n’y a pas de raison pour qu’il n’en soit pas de même aujourd’hui. Et puis on approche bientôt des 60 km, je vais atteindre mon objectif initial bien avant la fin de course.

38ème tour (58,33 km) et oui, ça ne fait pas 60 km, mais à ce moment je suis persuadé avoir franchi cette marque. Le calcul mental après 5 heures d’effort est bien moins précis (oh que oui) et j’étais persuadé avoir lu le matin qu’il suffisait de 38 tours pour passer la fameuse marque. "Mais il te reste une heure, c’est à dire qu’en continuant tranquillou à mon rythme du matin, ... tu peux dépasser les 70 ????". Non c’est pas possible, il y a quelque chose qui cloche, car même si je reconnais être assez régulier, que je gère pas trop mal les temps forts et les temps faibles, 70 km est une distance qui me semble pas très réaliste.

Tout en gambergeant à tout ceci, je continue mon bonhomme de chemin. Ce n’est qu’au 40ème tour que je réalise que 40x1.5 = 60. Ouais, ben heureusement qu’on a des calculatrice dans la vie de tous les jours ;-).

Maintenant, tout ce qui vient est du bonus. Aussi prends-je plus de temps aux ravitaillements, je m’accroche certes, mais ne vais pas puiser dans mes derniers retranchements pour tenter une perf. "Imagines que tu établisses une perf trop haute, comment battras-tu ton record à l’avenir ? Hein ? Et puis d’abord, ce n’était pas l’objectif du jour".
Du coup je continue à mon rythme, ni plus, ni moins.
Plus que 40 minutes, puis 30, puis 20. "Avant dernier tour" que j’entends. "Euh non, pas d’accord, en 20 minutes, je dois pouvoir en caser 3 quand même". Et c’est que j’ai raison en plus.
5h55, alors que j’arrive dans la ligne droite d’arrivée, des concurrents repartent pour une ultime chevauchée. « Vous pouvez vous arrêter ou repartir si vous le voulez » qu’on nous annonce. Ma sœur me crie « jusqu’au bout ». "Mais qu’est-ce que tu crois, je suis venu pour courir 6 heures moi, alors pas question de m’arrêter à 5 minutes de la fin". Et puis d’abord, même je ressens une fatigue légitime, je pourrai continuer encore plusieurs tours à ce rythme s’il y avait besoin.
Cette fois, c’est sûr, c’est le dernier, c’est le tour d’honneur. Les dernières foulées sur la piste en tartan qui nous conduit hors du stade, à l’extérieur du stade sur le ciment en dévers, devant la piscine, le dernier virage en épingle, la rentrée sur le stade avec son petit secteur pavé, le dernier tour des terrains de foot, et la dernière ligne droite.

Fin du périple, au bout de 6h05’40, et 45 tours couverts. Je regarde la feuille de correspondance : 69,075 km. Non ? Tant que ça ? Et bien si on m’avait dit ça le matin, j’aurais signé des 2 mains.

Assez content de ma course du coup. Ca me motive pour mon 1er 24 heure dans un mois.

Petit bémol tout de même. Aujourd’hui,(ie le lendemain de la course) j’ai un soucis à ma jambe droite. J’ai mentionné ci-dessus une douleur durant la course à l’intersection de la jambe et de la hanche. Cette douleur n’a pas disparu, au contraire, et je n’arrive plus à lever la jambe droite. Que de contorsion pour grimper dans la baignoire ! J’ai eu de la peine à marcher jusqu’au RER ce matin, et je ne parle même pas des marches à la gare et à mon bureau. Faudra voir comment cela évolue.

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Les résultats sont enfin tombés ce week-end, les voici ici : http://www.ultrafondus.com/13_RESULT/2005-6h-PetitNey.php

6ème, c'est pas mal, d'autant que les performances sont meilleures que l'an dernier.

Par contre la douleur persiste (moins intense, heureusement). Dans la semaine, je passe une échographie.

Les réactions

Par Delphine, le 2005-05-31 14:19:51
Ah là là! Bon tu vas t'en sortir de cette fichue douleur!
En tous cas, ne jamais oublier le conseil de ta soeur: il faut boire! Certains ne prennent pas d'eau par manque d'habitude et pourtant cela devrait être un réflexe comme mettrre ses chaussures. je ne dis pas de jouer à la gourde en buvant comme un chameau mais en prendre un minimum.

Je ne pense pas que ce soit la cause de ta blessure. Par contre 6 heures à une si belle vitesse...

Par La Pluche, le 2005-05-31 19:30:10
Oui, ça passera un jour. Le tout est d'être patient.
C'est pas facile d'empêcher un coureur de chausser ses runnings, non, pas facile.

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Le bonhomme après 4 heures de course


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2005-05-29 12:40:35 : Un dimanche de reprise - 0 photo - 4 réactions

(Petit aparté dans mon histoire de coureur, même si cela pourrait constituer le dernier chapitre en date de la série).

Je suis tout guilleret ce matin. Certes le temps est ensoleillé, c’est la fête des mères, mais ce qui me réjouit surtout, c’est que je vais enfin rechausser mes runnings après quelques semaines d’interruption.
La douleur en haut de la cuisse ne me dérange quasiment plus : je ne ressens plus de gêne au quotidien, donc je suis prêt pour le test. Pas un test très ardû tout de même, il s’agit simplement d’une reprise, de retrouver le plaisir de courir, rien qu'une petite heure tranquille dans la forêt.

Je retrouve des gestes normalement instinctifs, mais dont on prend conscience après une période d’arrêt : mettre les lentilles, enfiler le cardio, sa tenue de course, qui pour le moment sent toujours bon l’adoucissant. Pour l’occasion, j’étrenne ma nouvelle paire de chaussure.

La fréquence cardiaque au repos est plus élevée qu’avant mon arrêt, mais je m’y attendais, il en est toujours ainsi une trêve. Rien de bien important.

Il est un peu plus de 10h45 et je m’élance, début de parcours en ville et un peu moins de 9 minutes plus tard j’arrive dans la forêt de Gros-Bois. Un arrêt boisson à la fontaine, et déjà je perds ma sérénité : je ressens une sorte de « lourdeur » à l’endroit de la blessure. "Peut être que c’est passager, que tout doit se remettre d’aplomb dans les muscles". Oui mais non en fait, au bout de 20 minutes, je devine les prémisses de la douleur ressurgir.
Pas la peine d’insister, ce ne ferait qu’aggraver les choses, je ne suis pas guéri. Je prends le premier raccourci, direction la casba.

Même pas d’étirements, pas envie, je file directement sous la douche.

Pffff, c’est que j’y croyais, moi. Je ne m’attendais évidemment pas à être dans mon meilleur état de forme, mais qu’au moins cette douleur me laisse tranquille. Car la plaisanterie commence à ne plus me faire rire du tout. Au départ, je pensais que ce serait l’histoire de 2-3 semaines maximum, et qu’ensuite je pourrai reprendre un entraînement normal. Manifestement non, c’est plus sérieux.

Et je commence à voir pointer le spectre d’une saison blanche.
J’ai déjà manqué Belvès fin avril suite à des problèmes tendineux et me suis consolé avec les 6 heures du Petit Ney. Roche la Molière, c’est bâché, et je me pose déjà des questions pour Theillay fin août, qui était, depuis mon forfait à Belvès, LE grand objectif de l’année. Si je dois stopper plus longuement l’entraînement, la reprise sera d’autant plus longue, et je ne pourrai jamais me préparer convenablement pour l’échéance.

Du coup je râle, non, c’est vraiment pô juste. La journée n’est finalement pas aussi belle.

Le mental en a pris un sérieux coup ce matin.
J’ai besoin de ces repères, ces grandes courses que je planifie dans l’année et auxquelles je me prépare de longues semaines à l’avance. Ce sont des points d’ancrage dans le calendrier qui me permettent de m’évader du quotidien, d’échapper à la routine insipide "transports en commun, boulot, re-transports en commun, TV, dodo".
Alors une année sans rien, c’est trop triste.

Allez, je vais grogner dans mon coin, ruminer le pourquoi du comment, et reviendrai quand je serai dans de meilleures dispositions.

Bon dimanche, et bonnes fêtes aux mamans.

2005-05-28 09:26:01 : Episode IV, mon premier marathon - 2 photos - 9 réactions

Sur la ligne de départ, la tension est à son summum. Intimidé, je me demande ce que je fais ici au milieu de ce peloton de marathoniens que j’imagine tous plus expérimentés les uns que les autres. Une séance m’amuse tout de même : le responsable d’un groupe de coureurs à côté de moi, distribue à ses poulains, 10 minutes avant le départ, ... des tickets de métro. En cas de défaillance, ils pourront ainsi revenir sur la ligne d’arrivée récupérer leur affaires.

Je consacre les 5 premiers kilomètres à l’échauffement, la course ne commence vraiment qu’à l’entrée du Bois de Vincennes. J’accélère très progressivement et prudemment, car la route est encore longue. Je suis même surpris par mon rythme dans le Bois de Vincennes, je passe le semi-marathon sans encombre et trouve grisant de doubler des concurrents qui sont déjà dans le rouge (oui, je suis parfois impitoyable ;-)).

Avenue Daumesnil, je perçois les premiers signes de fatigue dans les cuisses, des sensations physiques que je n’avais encore jamais éprouvées sur des distances plus courtes. Mais je me sens fort à ce moment de la course, trop sûrement (et même beaucoup trop !), car dans le long tunnel de l’Alma, le premier de la série des tunnels qui longent la seine, le physique lâche d’un coup. Jambes coupées, abdominaux douloureux, le moral descend en flèche. Serait-ce donc ça le fameux mur dont parlent les marathoniens ?

Le retour à l’air libre me revigore un peu mais je souffre pas mal dans les descentes et remontées de tunnel. « Coucou la Tour Eiffel ». Elle arbore toujours ses décorations de l’an 2000, mais je ne suis pas en état d’apprécier quoi que ce soit.
On laisse Rolland Garros, sur une banderole nous lisons « Félicitations, vous avez franchi le mur ». "Super, ça me fait de belles jambes, et on est sensé retrouver des forces comme ça, simplement en cliquant des doigts ?".

Voilà le Bois de Boulogne. "Mais qu’est-ce que tu es venu foutre dans cette galère ??!!!! Faut être malade pour s’infliger un tel supplice. Encore 10 bornes !! Aïe, aïe, aïe". "J’en ai marre, je marche". Puis non finalement, je reprends la course, car si je marche trop, je ne pourrai plus repartir ensuite. "Et en plus y a plus personne pour nous encourager maintenant. Pfff, c’est quand qu’on arrive ?".

Mine de rien, même si mentalement je n’y suis plus, que je n’attends qu’une seule chose, la ligne d’arrivée, je conserve un rythme convenable. A compter du km 35, je scrute au loin chaque panneau kilométrique, chaque repère visuel, un virage, un spectateur, un arbre plus gros que les autres, est une aide psychologique, une étape qui me rapproche un peu plus de l’arrivée.

Km 40, dernier ravitaillement. "Celui-là, tu peux le griller, c’est bientôt l’arrivée, tu peux t’en passer". "C’est c’la, mon coco, compte là-dessus. S’il y a un ravitaillement ici, et bien il faut l’honorer !". Quelques raisins secs et gorgées d’eau plus tard, je reprends la route.

Enfin la flamme rouge, « dernier kilomètre, savourez-le » qu’il est écrit dessus. Que faire ? Savourer effectivement ce dernier kilomètre ou bien tenter un dernier baroud d’honneur pour abréger la partie et soigner le chrono ? J’opte pour la seconde solution, "de toute façon, voilà déjà plus de 14 km que tu le « savoures » ton marathon !". Dernière ligne droite, risette pour la photo, clic-clac, la ligne d’arrivée, je peux enfin lever les bras, j’ai fini, j’en ai fini. Ouf !

J’enfile ma couverture de survie et me faufile à travers ce rassemblement d’extraterrestre en aluminium vers le ravitaillement.

Courir un marathon, course légendaire dans la conscience collective, cela flatte l’ego, il faut bien le reconnaître. Dans les heures qui suivent, on éprouve une certaine fierté, on est heureux de marcher en dodelinant sur les Champs, en se contorsionnant pour monter ou descendre le moindre escalier. Tels des anciens combattants, on se raconte nos courses respectives.

Je suis donc bien content de moi, mais je n’ai guère pris de plaisir dans les 10 derniers kilomètres. Quel est l’intérêt de se mettre dans de pareils états ? Aussi à la question, « alors t’en refera un autre ? c’est où le prochain ? », je me contente de répondre on verra, on verra. En réalité, et même plusieurs semaines après la course, je ne suis pas du tout enclin à relever à nouveau un tel challenge.

Pourtant, un an plus tard ... je serai à nouveau sur la ligne de départ avec la ferme intention d’améliorer mon chrono.

2005-05-27 22:22:07 : Mon apprentissage (épisode III) - 0 photo - 5 réactions

(suite de l'épisode précédent)

Septembre 1998. Cet été, nous avons tous beaucoup chanté, mais si, rappelez-vous : la, la la, la laaa, la la lalalalaaa lala lalaa, ... , on est les champions, on est les champions, ... ; été studieux tout de même entre soutenances et rapports de stage, peu propice à la pratique assidue de la course à pied.
En cette rentrée, je retrouve ma Touraine natale, j'ai fini mes études (bye bye les révisions, tchao les partiels !) ... c'est le temps du service national, enfin, en version "tranquille" puisque j'officie en temps que scientifique du contingent. Maintenant j'ai beaucoup plus de temps libre pour m'entraîner régulièrement.

A raison de 4 entraînements hebdomadaires, ce sont mes vrais début de coureur. Je participe à quelques courses (20 km de Tours, corrida de Chinon, ...), donne un coup de main à la saisie informatique de la course du Gros Buisson organisée par le club de mon père (allez, tiens, un petit coup de pub http://grosbuisson.site.voila.fr/index.html ), et même si mon hygiène de vie est loin d'être irréprochable si vous voyez ce que je veux dire (ho, je suis bidasse après tout !), mes chronos s'améliorent. Petit à petit, je me rapproche des 40 minutes sur 10 km. Mieux, à force de courir lentement, mes problèmes de point de côté se raréfient. C'est y pas beau ?

Ces progrès m'encouragent pour mon grand projet de coureur à venir au printemps suivant : le Marathon de Paris.
Quelques personnes tentent de me dissuader dans cette entreprise, des coureurs ("Un marathon à à peine 23 ans, c'est trop jeune"), mes "compagnons d'armes" ("La P'luche, t'as pété un cable"). Ma mère ne dit trop rien, mais je sens que ce projet l'inquiète un peu (et encore, ce n'est rien comparé à aujourd'hui ...).

Ce marathon, je l'aborde comme une aventure, un superbe défi à relever. La seule qui compte, c'est de terminer. Devant la longueur de l'épreuve, je privilégie les longues séances d'1h30-1h45 en endurance à l'entraînement, dès la fin des fêtes de fin d'année. Comme la préparation se déroule à merveille, je révise mon objectif à la hausse. 3h30 me parait jouable, après tout 5' au km est devenu un rythme confortable (et dire que j'étais incapable de tenir cette allure sur 10 pauvres km il y a quelques années !!). Le semi de prépartion 3 semaines avant l'échéance est encourageant, mais il est temps que la course arrive, car je commence à m'user psychologiquement, je m'ennuie de ces sorties longues d'1h30 à 12km/h.

Demain, je vous raconterai mes premiers pas sur marathon, à suivre ...

2005-05-25 20:44:51 : Mon apprentissage (épisode II) - 1 photo - 4 réactions

(suite de l'épisode précédent)

Maintenant que j'ai découvert qu'il était néfaste de courir toujours à bloc à l'entraînement, qu'il y avait quelques "règles" à suivre pour espérer progresser, vais-je les respecter consciencieusement ? Ben, euh, c'est à dire que, oui, et non en fait. Oui, car je ne tente plus de battre mon record à chaque sortie, non pour ce qui est du reste, varier les allures, faire preuve de sagesse. Ce doit être l'insouciance de la jeunesse ;-)
1ère erreur : je cours quasiment toujours au même rythme, certes moins vite qu'avant mais certainement trop vite encore.
2ème erreur : je multiplie les courses. Une dizaine dans le dernier trimestre de l'année 1995, ce qui est bien trop quand on ne s'entraîne au maximum que 2 fois par semaine. C'est que j'ai intégré mon école à Toulouse, et nous sommes un petit groupe à représenter les couleurs de l'école aux courses locales. L'effet de groupe est très (trop ?) entraînant.

Je descends en bataillant une première fois sous les 50' sur 10 km, mais cette barrière reste toujours un petit challenge d'autant que les points de côté me laissent rarement tranquille en course. C'est à cette époque que je développe ma "tactique" que j'utilise encore aujourd'hui : me positionner au départ dans la deuxième partie du peloton, de façon à ne pas partir en surrégime, à accélérer progressivement ensuite. En plus cette méthode est grisante, car on double pas mal de concurrents sur la fin de parcours. Comme le disait joliment Miz93 dans un récent post ( http://www.courseapied.net/forum/msg/14668.htm ), je cite : "d'un point de vue psychologique, il est plus facile de faire des perfs en partant un peu plus lentement car quand on part rapidement, on va se créer un surmoi culpabilisant qui va nous dire tu dois être meilleur et cette lutte avec soi est épuisante, tandis qu'en courant plus lentement à un moment on se sent bien et on se sent pousser des ailes, la volonté de faire bien n'est plus culpabilisante mais plus coachante". C'est vrai que le mental a une ENORME influence sur les performances.

A l'occasion d'un test d'endurance de 20 minutes en cours de sport, je prends conscience de mon potentiel. Pendant ces 20 minutes, je parcours 5 km tout rond. C'est sûr, je vaux bien mieux que mes temps actuels sur 10 km et ce n'est pas la barre des 50 minutes qui doit me préoccuper, mais plutôt celle des 40. A partir de ce jour, une barrière psychologique est tombée, et comme par enchantement, mes chronos s'améliorent pour se situer aux alentours des 43 minutes. Quand le mental innhibe le physique ....

Je deviens plus raisonnable en espaçant les courses, mais ne suis pas de programme particulier. Je cours suivant le temps dont je dispose, c'est à dire de façon décousue avec des semaines avec 3-4 entraînements, puis rien pendant 3 semaines. Je commence à allonger la sortie dominicale et me surprends à tenir des séances de 20 km.
Logiquement, je tente alors ma chance sur semi-marathon, à l'occasion de celui de Toulouse en septembre 1997. Départ très prudent, conformément à mon habitude, d'autant que je découvre la discipline. A la fin du premier tour, le peloton se clairsème : les concurrents du 10 km en terminent et nous abandonnent. Les avenues de la ville rose paraissent plus larges et je découvre une nouvelle ambiance. Les concurrents sont moins rivés sur leur chrono, sont moins obnubilés par la perte de perdre de précieuses secondes, puisque nous avons plus de temps à notre disposition et quelques secondes perdues à un moment peuvent se rattraper ensuite. L'ambiance change, les coureurs se parlent entre eux, s'encouragent; je suis conquis. De plus comme j'ai bien négocié la première boucle, je peux me permettre d'accélérer à partir du 15ème.

Une première expérience du semi, certes modeste en 1h50, mais à partir de ce moment, une idée va commencer à germer dans mon esprit : puisque je peux courir un semi ... pourquoi pas tenter l'aventure du marathon ? Je retiens l'idée dans un coin de ma tête, je sens que j'en suis capable. Dans mon esprit, c'est clair : je participerai un jour à cette course magique qu'est le marathon. Enfin dès que j'aurai le temps pour me préparer physiquement.

2005-05-24 21:14:49 : Mon apprentissage (épisode I) - 0 photo - 2 réactions

Comme je suis réduit au repos en ce moment, j'ai vais vous raconter mon histoire de coureur à pied.

Ma première course remonte à septembre 1992. Auparavant, je ne pratiquais aucun sport, je me contentais simplement de le suivre à la télé (comme beaucoup de personne). Mais j'avais tout de même l'esprit sportif, j'aimais déjà l'effort, le dépassement de soi, l'idée d'aller puiser au fin fond de soi des ressources insoupçonnées.

En ce début septembre 92, assis dans le gymnase du lycée, on nous annonce la programme d'athlétisme pour le bac. La partie endurance consiste à courir en continu 4 km en 20 minutes. Rien d'insurmontable donc. "Et si on faisait les 10 km de Tours dans 3 semaines ? " lance un camarade. "Tiens oui, c'est une idée ça". 3 semaines et 3 sorties d'entraînement plus tard (si on peut appeler ça de l'entraînement, il s'agit plutôt d'une découverte de l'effort de longue durée), je cours (enfin les 5 premiers kilomètres, les suivants seront une alternance de course et de marche) mon premier 10 km et termine laborieusement et tout content en 55'50". Je serai ensuite fier d'arborer mon T-shirt "10 km de Tours" lors des séances d'endurance pour le bac au lycée.

Cependant, je ne me lance pas complètement dans la pratique de la course à pied, je préfère préparer sérieusement mon bac. Mais le virus a contaminé mon père , qui lui se met à la pratique à raison de 2-3 sorties par semaine. S'il n'avait pas pris le relais, je n'aurais ensuite peut être pas repris à l'occasion des vacances scolaires. D'autant que les années suivantes, les classes de math sup et math spé P' ne me laissent aucun temps libre pour faire quoi que ce soit.

Ma pratique se concentre donc sur les 2 mois d'été où je participe à quelques petites courses (7-10 km), mais à chaque fois, ce n'est que désillusion, contre-performance, points de côté, la faute à une accumulation d'erreur.

Déjà, 2 mois l'été ne suffisent évidemment pas pour accéder à un niveau satisfant. Et un niveau satisfant à cette époque serait pour moi de descendre sous les 50 minutes sur 10 km. Ensuite, et c'est un corollaire du point précédent, comme je me considère plus beau que je le suis réellement, je pars beaucoup trop vite en course et collectionne les points de côté dont je ressens encore la douleur 2 jours après l'effort. A tel point que je me demande si je suis fait pour la course à pied et si je n'ai pas un problème dans mes entrailles. Par exemple ces douleurs abdominales à répétition ne seraient-elles par la conséquence du bouton en ferraille de ma veste en jean que j'avais avalé quelques années auparavant ? Mais comment font donc les marathoniens pour tenir aussi longtemps ? Et les centbornards ? Un 10 km, la course que j'ai tant de mal à terminer convenablement, ne représente pour eux ... qu'un seul km de mes courses actuelles !!!

Et puis, à la fin de l'été 1995, je découvre dans une librairie le magazine "Mieux courir" qui est une compilation des dossiers de Jogging International. D'une part je ne savais même pas qu'il existait un magazine de course à pied, mais en plus, c'est LA révélation : je n'ai rien, mais vraiment rien compris à la course à pied, et je m'entraîne comme un bourrin depuis le début. Mon entraînement jusqu'ici, c'était à fond les ballons, chaque sortie était l'occasion de battre mon record. J'avais tout faux. Je comprends alors que pour aller vite, il faut courir lentement à l'entraînement, le structurer, respecter des zones de fréquences cardiaques. Et bien, si la course à pied semble bien simple à pratiquer, force est de constater que la préparation et l'entraînement sont beaucoup plus techniques que je le pensais jusqu'ici. Cette découverte me redonne l'espoir.

(à suivre ...)

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